Horlogerie suisse : que signifie vraiment « Swiss Made » ?

Swiss Made n’est pas un argument marketing : c’est une règle.

Dans l’horlogerie suisse, la mention « Swiss Made » (ou « Suisse ») est une indication de provenance strictement encadrée : elle décrit où une montre a été conçue et fabriquée selon des critères précis, et non un niveau de finition « garanti » à lui seul. Dans cet article, on clarifie ce que recouvre réellement « Swiss Made », ce que cela n’implique pas, et comment l’interpréter correctement lorsque vous achetez, vendez ou expertisez une montre.

Chez Dreyfuss Mayet, nous accompagnons des collectionneurs et passionnés en Suisse (Verbier, Genève, et au-delà) et à l’international, avec une approche discrète et sur mesure sur les pièces les plus recherchées de l’horlogerie contemporaine.

Swiss Made : un label d’origine (et un cadre légal) avant tout

La mention « Swiss Made » appartient au champ des indications de provenance. Concrètement, cela signifie que la Suisse protège juridiquement l’usage du nom « Suisse » et de ses équivalents (« Swiss », « Swiss Made », etc.) pour les montres, afin d’éviter les abus et de préserver la crédibilité de la « marque Suisse ».

Le texte de référence est l’Ordonnance réglant l’utilisation du nom « Suisse » pour les montres (RS 232.119), que vous pouvez consulter via la publication officielle (version consolidée) sur WIPO Lex : Ordonnance RS 232.119 (état au 01.01.2019).

À retenir : « Swiss Made » indique une provenance définie par des critères (développement, mouvement, emboîtage, contrôle final, part de coûts en Suisse), et non une promesse universelle de « haute horlogerie ».

Les critères officiels pour écrire « Swiss Made » sur une montre

Depuis le renforcement lié à la législation dite « Swissness », les exigences ont été resserrées (entrée en vigueur au 1er janvier 2017, avec un critère de développement technique appliqué selon le calendrier réglementaire). Un bon résumé institutionnel est disponible sur le site de l’Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle : Révision de l’ordonnance « Swiss made » (IGE).

1) Le développement technique doit être effectué en Suisse

La montre doit répondre à un critère de développement technique en Suisse. Le détail dépend du type de montre :

  • Montres exclusivement mécaniques : au minimum la construction mécanique et le prototypage de la montre dans son ensemble.
  • Montres non exclusivement mécaniques : au minimum la construction mécanique et le prototypage de la montre, ainsi que la conception des éléments électroniques (circuits, affichage, logiciel), selon les cas.

Ce point est central : il relie « Swiss Made » à une réalité de conception et d’ingénierie, au-delà du simple assemblage.

2) Le mouvement doit être suisse

Une montre « Swiss Made » doit intégrer un mouvement suisse. Là aussi, la définition est normée. Notamment, le mouvement doit :

  • avoir son développement technique effectué en Suisse ;
  • être assemblé en Suisse ;
  • être contrôlé par le fabricant en Suisse ;
  • atteindre 60% au minimum du coût de revient généré en Suisse ;
  • et comporter au moins 50% de valeur de pièces constitutives de fabrication suisse (selon les modalités prévues).

3) L’emboîtage doit être réalisé en Suisse

Le mouvement doit être emboîté en Suisse : c’est l’étape où le mouvement est installé dans la boîte (carrure, fond, lunette, glace), puis la montre est finalisée avec cadran, aiguilles et éléments associés selon sa construction.

4) Le contrôle final doit être effectué en Suisse

Le fabricant doit effectuer le contrôle final en Suisse. En pratique, cela renvoie à l’idée qu’une montre « Swiss Made » est validée (fonctionnement, conformité, présentation, selon les standards de la marque) dans le pays d’origine revendiqué.

5) La règle des « 60% » : au moins 60% du coût de revient généré en Suisse

Le critère le plus cité est le seuil de 60% minimum du coût de revient généré en Suisse pour la montre considérée dans son ensemble.

Point important : certains coûts sont explicitement exclus du calcul (ce qui évite de « gonfler » artificiellement la part suisse). Par exemple, l’ordonnance exclut notamment les frais d’emballage, de transport, de commercialisation (promotion, service après-vente), ainsi que le coût de la pile dans les conditions prévues.

Résumé clair des critères « Swiss Made » (montre)

CritèreCe qu’exige la réglementationCe que ça implique concrètementDéveloppement techniqueEffectué en Suisse (construction/prototypage ; et, selon le type, conception électronique/logicielle)La conception n’est pas délocalisée « sur le papier »Mouvement suisseDéfini par des critères (dont assemblage et contrôle en Suisse, et seuils de valeur/coûts)Le cœur horloger répond à une définition juridiqueEmboîtageMouvement emboîté en SuisseL’assemblage final n’est pas fait hors du paysContrôle finalRéalisé en Suisse par le fabricantValidation finale et conformité effectuées en SuissePart de coûts suisses≥ 60% du coût de revient généré en SuisseUne part majoritaire de la valeur industrielle est suisse

Ce que « Swiss Made » ne garantit pas (et ce que cela garantit quand même)

Non, « Swiss Made » ne veut pas dire « 100% des pièces viennent de Suisse »

Une montre peut être conforme tout en intégrant des composants fabriqués à l’étranger, tant que le cadre (développement, mouvement, emboîtage, contrôle final, et seuils de coûts/valeur) est respecté. Autrement dit : c’est un label d’origine encadré, pas une déclaration « tout suisse, sans exception ».

Non, « Swiss Made » ne signifie pas automatiquement « haute horlogerie »

La haute horlogerie renvoie à des niveaux de finitions, de complications, de réglages, de décoration, et à une culture de fabrication. « Swiss Made » n’est pas une certification de finition ou de performance chronométrique au sens strict : une montre Swiss Made peut être très haut de gamme… comme elle peut être plus accessible dans sa conception.

Oui, « Swiss Made » reste une protection forte et vérifiable

Malgré les idées reçues, « Swiss Made » n’est pas un terme vague : c’est un usage réglementé, avec des critères mesurables et des textes opposables. Dans une industrie exposée aux confusions (assemblages transfrontaliers, pièces sous-traitées, marketing agressif), ce cadre reste un repère utile pour comprendre l’origine revendiquée.

Pourquoi « Swiss Made » est si important dans l’horlogerie suisse

Un enjeu de confiance (et de valeur perçue)

Le label a une valeur économique et symbolique : selon l’IGE, des études (EPFZ/ETH Zurich et Université de Saint-Gall) ont montré que des consommateurs peuvent être prêts à payer jusqu’à 20% de plus pour une montre suisse en général, et jusqu’à 50% pour certaines montres mécaniques. Cela explique pourquoi la Suisse renforce la crédibilité du label (et lutte contre les usages abusifs). Voir : analyse IGE sur le renforcement du Swiss made.

Un poids industriel mesurable : exportations et volumes

Pour donner un ordre de grandeur concret : selon la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH), les exportations horlogères suisses se sont élevées à 25,6 milliards CHF en 2025 (–1,7% vs 2024), et le nombre de montres exportées a atteint 14,6 millions (–4,8% vs 2024). Source : FH – Exportations horlogères suisses en 2025.

« Swiss Made », « Swiss Movement » et autres labels : comment s’y retrouver

« Swiss Made » vs « mouvement suisse »

La réglementation prévoit explicitement le cas où une montre n’est pas suisse, mais contient un mouvement suisse. Dans ce scénario, certaines mentions liées au mouvement peuvent exister à condition de respecter les règles d’affichage et d’éviter toute confusion pour l’acheteur (voir l’ordonnance RS 232.119 : texte consolidé).

Les certifications de performance (qui ne remplacent pas « Swiss Made »)

Il existe des repères complémentaires, souvent confondus avec « Swiss Made » :

  • COSC (chronomètre) : certification axée sur la précision, délivrée après des tests normalisés. Site officiel : COSC – Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres.
  • MASTER CHRONOMETER (METAS) : certification sur montre terminée, couvrant notamment étanchéité, performance, résistance magnétique, réserve de marche. Présentation institutionnelle : METAS – Certification Master Chronometer. Le document d’exigences (version 1.2) précise, selon catégories, des critères d’acceptation dont une marche moyenne encadrée (ex. 0 ≤ PJ̅ ≤ 5 s/j pour une catégorie). Voir : METAS-N001 (PDF).
  • Poinçon de Genève : label genevois axé sur des exigences de bienfacture et de contrôle (selon le périmètre défini par l’organisme). Informations : Poinçon de Genève – fiabilité et contrôles.

En résumé : Swiss Made répond à “d’où vient la montre ?” ; les certifications répondent plutôt à “comment la montre performe-t-elle (ou comment est-elle contrôlée) ?”.

Comment vérifier une montre « Swiss Made » en pratique (sans se tromper de combat)

Dans la vraie vie, l’acheteur n’a pas accès au détail complet des coûts de revient. L’objectif est donc de réduire le risque en vérifiant ce qui est raisonnablement vérifiable, et en s’entourant d’interlocuteurs sérieux.

Checklist simple en 6 étapes

  1. Observer les marquages : cadran, fond, boucle, mouvement (selon les modèles).
  2. Comparer la cohérence : référence, configuration, typographie, et position des inscriptions (les incohérences sont un signal d’alerte).
  3. Exiger la traçabilité : carte/papiers, facture, historique, accessoires (écrin, livret) quand disponibles.
  4. Contrôler la correspondance : numéros (série/référence) et documents.
  5. Privilégier un canal sécurisé : vendeur identifié, process clair, retour/assurance selon les conditions.
  6. Faire authentifier : si le doute existe, une expertise sérieuse vaut plus qu’une “bonne affaire”.

Chez Dreyfuss Mayet, chaque montre est vérifiée et authentifiée avant livraison, afin d’offrir une tranquillité d’esprit totale. Pour explorer des pièces disponibles, vous pouvez consulter notre sélection via le catalogue.

FAQ — Horlogerie suisse & Swiss Made

Quelles sont les conditions exactes pour qu’une montre soit « Swiss Made » ?

Une montre « Swiss Made » doit respecter les critères de l’ordonnance RS 232.119 : développement technique effectué en Suisse (selon le type de montre), présence d’un mouvement suisse, emboîtage en Suisse, contrôle final en Suisse, et au moins 60% du coût de revient généré en Suisse. Les textes précisent aussi ce qui est exclu du calcul (p. ex. emballage, transport, marketing). Pour une lecture directe, le texte consolidé est accessible via WIPO Lex (PDF officiel).

Une montre avec « mouvement suisse » est-elle automatiquement Swiss Made ?

Non. Une montre peut contenir un mouvement suisse sans être elle-même une montre suisse au sens de la réglementation. La différence se joue notamment sur l’emboîtage, le contrôle final, le développement technique, et la part de coûts suisses au niveau de la montre complète. En pratique, il faut distinguer ce que la montre revendique (Swiss Made) de ce que le mouvement peut revendiquer (mouvement suisse), car ce ne sont pas les mêmes critères ni le même périmètre.

« Swiss Made » garantit-il la qualité d’une montre ?

« Swiss Made » n’est pas une certification de précision, d’étanchéité ou de finition : c’est une indication de provenance encadrée. Cela dit, ce label impose un cadre industriel (développement, assemblage, contrôles, seuils de coûts) qui contribue à la crédibilité de l’origine revendiquée. Pour évaluer la qualité au sens performance, il faut aussi regarder d’autres repères : tests chronométriques (ex. COSC), certifications sur montre terminée (ex. METAS Master Chronometer) et, selon les cas, des labels de bienfacture régionaux.

Comment repérer une utilisation trompeuse de « Swiss Made » ?

Le plus souvent, les signaux d’alerte viennent de l’incohérence : typographie étrange sur le cadran, marquages approximatifs, documents absents ou suspects, numéros qui ne correspondent pas, finitions en décalage avec la référence annoncée, ou provenance floue. Les contrefaçons et montres « assemblées » peuvent imiter l’apparence mais laissent des traces (qualité d’impression, alignements, gravures, packaging). En cas de doute, une authentification sérieuse reste la meilleure protection, surtout sur des pièces de collection.

Swiss Made et METAS/COSC : faut-il choisir l’un ou l’autre ?

On ne compare pas exactement la même chose. « Swiss Made » répond à l’origine (où la montre est développée, assemblée, contrôlée, et quelle part de coûts est suisse). COSC et METAS répondent plutôt à la performance mesurée et au niveau de contrôle. Par exemple, METAS décrit des exigences techniques et des critères d’acceptation dans son référentiel (dont la résistance à un champ magnétique de 1,5 T / 15 000 G et des seuils de marche selon catégories). Idéalement, les repères se complètent.

Et maintenant ?

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